église catholique américaine et pédophilie
Pierre Kubick ven 18 avr 2008, 15:50 En direct de la sacristie
Benoît XVI s'est déplacé aux USA pour rencontrer G.W.Bush.
Il a été reçu en grandes pompes par ce dernier, pourtant protestant
Mais il y avait aussi une autre raison à cette visite papale qui devait réagir face au scandale des prêtres pédophiles de l'église catholique américaine.
"Benoît XVI a assuré que "l'Eglise devait absolument exclure les pédophiles du ministère sacerdotal". "Des pédophiles ne peuvent pas être prêtres (...) J'insiste absolument sur cette incompatibilité", a ajouté le pape. Toutefois, pour l'association des victimes d'abus sexuels, Snap (Survivors Network for those abused by Priests), ces paroles du pape ne suffisent pas: "les promesses ne protègent pas les enfants, les actes protègent les enfants".
"C'est facile de toujours se concentrer sur les prêtres pédophiles mais c'est plus dur et plus important de s'attaquer à la question plus large de la complicité de la hiérarchie de l'église", a réagi Snap dans un communiqué.
Plus de 4.000 prêtres, sur 42.000 aux Etats-Unis, ont fait l'objet d'une dénonciation.
Pour la seule année 2007, l'Eglise a dû débourser 615 millions de dollars (plus de 400 millions d'euros) pour indemniser des victimes.
Le problème est que les catholiques représentent 65 millions de fidèles, soit 25% des croyants majoritairement protestants.
Et aux USA, il y a une scission nette en l'Etat et les églises. Autrement dit, les églises ne vivent et ne fonctionnent que par l'apport financier des fidèles dont la particularité est d'être profondément croyants. (quatre Américains sur dix vont à l'église ou à la synagogue une fois par semaine. Sept Américains sur dix se déclarent membres d'une Église).
Sous une forme ou une autre, chaque religion enseigne un évangile de service et de charité. Une étude menée par l'Institut Gallup révèle que les institutions religieuses américaines joignent les actes à la parole. Les Églises et autres organismes religieux sont les principaux soutiens des services bénévoles présents dans les quartiers et les communautés. Un sondage Gallup a révélé que les fidèles des églises et des synagogues participent généralement beaucoup plus aux activités de bienfaisance, en particulier par l'intermédiaire des groupes organisés, que les personnes non affiliées à une institution religieuse organisée.
Le scission de la foi et de l'Église découle en grande partie de ce que l'on a appelé le privatisme, ou « individualisme radical » et de l'ensemble de croyances affirmées qui y sont attachées. La grande majorité des Américains croient que l'on peut être bon chrétien ou bon juif sans aller pratiquer sur les lieux du culte. Ils croient également qu'il appartient à l'individu de formuler ses croyances religieuses indépendamment de toute église ou de toute synagogue. Enfin, la majorité des gens considèrent qu'on peut fréquenter n'importe quelle Église de son choix, car toutes les Églises se valent.
Les Américains perçoivent de plus en plus leur foi comme une question qui ne regarde que Dieu et eux-mêmes, et qui peut être soutenue par les institutions religieuses, mais sans être nécessairement influencée par elles.
Et cela ne va pas du tout dans le sens que souhaite l'église catholique romaine qui tient beaucoup à son pouvoir temporel.
Il peut y avoir une autre lecture de la venue du pape venu pour rassurer ses fidèles.
Parce qu'enfin, au niveau symbolique, un curé pédophile, ce n'est pas la même chose qu'un quidam pédophile.
Un prêtre a reçu l'ordre. Or le sacrement de l'ordre est l'un des sept sacrements (de l'église catholique romaine) avec le baptême, la confirmation, la pénitence, l'eucharistie, le mariage et l'onction des malades
Et comme on le trouve dans WIkipédia : "Les sacrements sont des signes sensibles et efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels nous est donnée la vie divine »
Et c'est là qu'est l'os.
Comment un prêtre qui a reçu "la grâce", peut-il commettre encore ce crime qu'est la pédophilie ?
Et ce n'est pas un dont on parle mais de milliers.
Cela démontre que les prêtres catholiques, malgré le sacrement de l'ordre, sont des hommes comme les autres.
Voilà sans doute ce qui scandalise le plus, que ce sacrement de l'ordre ne semble en tout cas pas donner la grâce prévue (et si celui là ne fonctionne pas, quid des autres alors peuvent se demander les fidèles ?) et cela va à l'encontre de la politique de l'Eglise catholique. (que ce soit au niveau de la confession, vous imaginez la réaction d'une mère qui apprend que le curé auprès duquel elle se confessait est un pédophile, que ce soit au niveau du célibat et de la chasteté obligatoires.
C'est pour cela que l'église catholique essaye d'éviter la publicité des procès et paie cash les crimes commis par certains membres de son clergé.
Et donc forcément le pape doit relativiser, il ne fait aucun commentaire évidemment sur ce sacrement de l'ordre, mais se réfère aux moeurs sexuelles des américains pour expliquer les crimes commis :
il a aussi estimé que l'action de l'Eglise devait se déployer "dans un contexte plus large", replaçant le "péché des abus" sexuels dans le cadre "des moeurs sexuelles" de la société américaine.
"Que signifie de parler de protection de l'enfant quand la pornographie et la violence peuvent être regardées dans de nombreux foyers à travers les médias largement accessibles aujourd'hui?", a dit le pape.
"Tous ont leur rôle à jouer" pour offrir une "formation morale solide aux jeunes comme aux adultes", a-t-il dit: "pas seulement les parents, les dirigeants religieux, les enseignants et les catéchistes, mais aussi les médias et l'industrie des loisirs".
Toujours difficile de reconnaître la pleine responsabilité des crimes de pédophilie en la diluant sur toute une société, alors que normalement, sauf erreur, la formation morale des prêtres catholiques est dispensée dans des "séminaires".
A voir également le billet de Teddy sur son site
