Le cardinal et la souffrance
Pierre Kubick mar 25 mar 2008, 16:06 En direct de la sacristie
Jamais en retard pour fustiger la laïcisation de la société, l'église y va de ses réflexions velléitaires.
C'est ainsi que le primat de l'église de Belgique a regretté avec amertume la laïcisation de la fête de Pâques jusqu'à remplacer les cloches par des lapins (sic).
Le cardinal est piètre historien. Il oublie que l'église catholique a choisi la date de Pâques pour couvrir d'autres célébrations, comme par exemple le culte de Cybèle pratiqué par les Gaulois et avant eux les Romains et les Phrygiens et d'autres qui fêtaient l'équinoxe de printemps .
"Les fêtes de Cybèle et d’Athys furent adoptées par les Romains et incorporées à leurs fêtes de printemps. On mimait l’enterrement d’Athys, on le pleurait et, en hommage au chagrin de Cybèle, on jeûnait. Le 25 mars, le dieu se relevait et les fidèles se laissaient aller à la joie. Le lendemain étaient pratiqués les baptêmes des disciples de Cybèle avec du sang de taureau."
Inutile de rappeler que l'église a fait de même avec la fête de Noel lorsqu'elle se décida pour le 25 décembre parce qu’il y avait déjà, ce jour-là à Rome, une grande fête dédiée à la naissance du Soleil triomphant (Sol invictus), en rapport avec le solstice d’hiver. Mais surtout, cette période était consacrée d’un côté à la naissance de Mithra, divinité solaire perse favorite de beaucoup de légionnaires, et de l’autre à la personne de l’empereur, considéré comme un dieu incarné.
Quant au lapin, il semble qu’à l’origine, le lapin de Pâques était un lièvre. Ainsi, chez les Saxons, on honorait au printemps la déesse Eastre, qui a d’ailleurs donné son nom à Easter (Pâques en anglais). Le lièvre était l’animal emblématique de la déesse et est resté associé aux fêtes de Pâques. De manière similaire, dans les traditions celtiques et scandinaves, le lièvre était le symbole de la déesse mère''
Mais le cardinal va plus loin, il constate que "notre société qui a déjà laissé tomber de nombreux tabous en a créé un nouveau, à savoir que la mort ne peut plus avoir de sens et que toute souffrance est absurde."
En quittant de la sorte la vie (par l'euthanasie), on ne répond pas au problème de la souffrance et de la mort. Au contraire, on la contourne et on évite un écueil. Agir de la sorte ce n'est pas un acte héroïque (...).
Nous y voilà, le retour de la souffrance nécessaire à la rédemption, ce qui lui donne du sens pour l'église catholique.
Ce qui me sidère toujours, c'est cette capacité à détourner les mots de leur sens premier. Estimer que la société a créé un nouveau tabou en estimant que la souffrance n'a pas de sens est du plus pur style jésuitique. Un tabou est "une prohibition à caractère magique ou religieux dont la transgression entraîne un châtiment surnaturel". Or justement ce qui a changé, c'est que la société (à travers ses lois) a permis une discussion libérée à propos de sa propre mort, de sa souffrance dans une relation à l'autre (le médecin) qui n'est plus un curé il est vrai.
Et puis une dernière attaque contre "la prétention et l'arrogance d'un certain courant de pensée qui essaye d'imposer sa philosophie de vie et qui qualifie de bigots ceux qui ne partagent pas cette vision."
La libre pensée de nouveau en ligne de mire.
On sent bien l'amertume d'une église qui a imposé sa philosophie de vie pendant des siècles, et qui n'y arrive plus, y compris chez de nombreux croyants qui n'ont pas laissé tomber leur foi mais l'église.
Il faudrait sans doute rappeler au cardinal que profiter d'une loi votée démocratiquement n'est pas de l'arrogance ou de la prétention et que les représentants d'une religion n'ont pas à remettre cette loi en cause en dehors du prêche dans les églises.
L'église d'Espagne s'est d'ailleurs immiscée dans les récentes élections de ce dimanche 9 mars (les espagnols devaient élire leurs députés et leurs sénateurs espagnols) sur des thèmes semblables.
Peu me chaut donc de n'être pas héroïque face à la souffrance.
Il n'appartient qu'à moi d'ailleurs d'en décider, nous vivons heureusement dans une démocratie qui me donne les moyens juridiques de prendre ma vie en main et de choisir finalement "un tien vaut mieux que deux tu l'auras".
