Chantal Sebire ou la dignité bafouée.
Pierre Kubick sam 15 mar 2008, 17:54 Reflets
Chantal Sebire est cette française de 52 ans, atteinte d'un cancer des sinus qui non seulement déforme son visage de manière horrible, mais la rend aveugle, dans des souffrances qui ne peuvent plus être calmées.
Comme il n'y a pas en France de loi sur l'euthanasie comme en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-bas, et qu'elle ne veut pas se suicider ou être hospitalisée et plongée dans un état comateux bourrée d'antalgiques (une longue agonie sans manger ni boire ), elle a introduit une demande auprès d'un tribunal pour être autorisée à recevoir l'aide d'un médecin pour mourir dans la dignité.
Son cancer n'est pas opérable et la chimiothérapie d'aucun effet, ses enfants sont d'accord avec la décision de leur mère.
Pour elle, c'est elle la seule souffrante et donc à elle de décider.
La ministre de la Justice Rachida Dati s'est fendue d'un communiqué. Pour elle, "la médecine n'est pas là pour administrer des substances létales. Ce n'est pas notre droit, qui est fondé sur le droit à la vie".
Le premier ministre français, oubliant que 3 pays proches l'ont déjà fait (sans parler du suicide assisté en Suisse), a ajouté :" Il ne faut pas faire penser aux français qu'on pourrait par la loi régler dans le détail cette question, celle de la vie, de la mort".
Voilà un bel exemple de convictions religieuses imposées à toutes et tous. Indignes de valeurs humanistes parmi lesquelles notamment la tolérance, la compassion.
Pour mémoire, les lois belges, luxembourgeoises et néerlandaises encadrent strictement le recours à l'euthanasie : il faut être majeur, conscient ou avoir rédigé une requête anticipée, être atteint d'une affection incurable grave, éprouver des souffrances constantes, insupportables et inapaisables.
En Belgique, 40 personnes profitent chaque mois de cette loi.
Le protocole est strict lui aussi : une injection d'un puissant anesthésique, et si nécessaire un paralysant neuro-musculaire provoquant un décès calme et rapide.
A noter que philosophiquement, si le droit à la vie existe, il doit forcément y avoir un droit à la mort. Les deux sont complémentaires.
Autrement il faut parler d'un devoir de vie, quelles qu'en soient les conditions, niant la personne.

Commentaires
En dehors de toute conviction religieuse, le problème n'est pas simple. Pourquoi cette personne (je reprends le terme) " ne veut pas se suicider " mais demande à d'autres de le faire à sa place ? La démarche me paraît ambiguë ... Est-elle si déterminée que cela ? On peut se poser la question. Montherlant autant que je me souvienne avait additionné les moyens d'en finir par peur de louper son suicide. Il y a également une part d'exhibitionnisme dans la démarche qui me met très mal à l'aise. Peut-être parce que les images sont difficiles à supporter ? Convaincue depuis toujours que chaque homme et chaque femme devrait pouvoir être en mesure de choisir l'heure de sa mort (à défaut d'avoir pu choisir celle de sa naissance) le problème reste entier car tous ceux qui un jour y ont réellement pensé sont bien contraints de reconnaître, qu'ils le veulent tout en ne le voulant pas. C'est très complexe !
La médecine lui proposait de la "bourrer" d'antalgiques (puisque ceux-ci ne font plus effet) ce qui aurait provoqué un coma et elle n'aurait pas été alimentée jusqu'à ce que mort s'en suive.
Ce qu'elle demandait était une euthanasie.
Comme prévu le tribunal a déclaré sa requête irrecevable car elle équivalait à un suicide assisté ce qui est interdit par les lois françaises.
Elle a déclaré qu'elle allait donc faire un séjour en Suisse.
La seule façon de se suicider rapidement, efficacement et proprement, c'est une bonne dose d'anesthésique liée à un paralysant neuro-musculaire. Ce qui nécessite une ordonnance médicale spécifique car ces produits sont placés en catégorie "stupéfiants" particulièrement surveillée.
Pour ce qui est de l'exhibitionnisme, je ne suis pas d'accord avec ton approche.
Partons du principe que notre vie n'a pas de sens. Quel est d'ailleurs le sens pour une femme de 52 ans qui a trois enfants de mourir d'un cancer très rare et très douloureux ?
Sans doute a-t-elle choisi de donner quand même du sens à cette mort annoncée, en la médiatisant et en provoquant du coup des prises de positions sur une loi "amorale" d'un point de vue humaniste puisqu'elle ne reconnaît pas l'individu souffrant et interdit à celui-ci de choisir une mort paisible.