Amnesty censure Dany (suite)
Pierre Kubick mar 7 mar 2006, 09:42 Reflets
Amnesty Belgique s'explique sur sa censure de la planche de Dany. dans le SOIR de ce mardi 7 mars
Pour son directeur Philippe Hensmans, il ne s'agit pas de censure.
On a encore le droit de décider ce qu'on veut ou pas publier. (...)
Et dans un courrier qu'il adresse au Soir, il écrit notamment : "la censure est l'examen qu'un gouvernement fait faire des livres, journaux, dessins, etc avant d'un autoriser l'apparition."
C'est très restrictif, me semble-t-il, comme approche de la censure, même si cette définition est extraite de la "Grande Encyclopédie".
Le mot censure, dans son sens le plus courant, signifie limite à la liberté d’expression.
N'importe quel éditeur peut s'il le désire (ou doit) pratiquer la censure et c'est bien en tant qu'éditeur que P.H. a censuré Dany .
D'ailleurs P.H. confirme qu'il a bien censuré la planche.
"Ce n'est pas qu'elle soit sexy comme l'affirme le dessinateur mais sexiste.
Et cela dans un album consacré aux droits des femmes ?
Notre organisation veut sensibiliser les jeunes à la violence à l'égard des femmes et nous devrions publier une planche où le mari balance un pot de chambre sur la tête de sa femme ? Que certains trouvent cela amusant montre bien le chemin qui reste à parcourir pour lutter contre le sexisme. "
Certes !
Faire preuve de malhonnêteté intellectuelle en extrayant la scène finale de son contexte ne me paraît pas très respectueux, ni du dessinateur, ni des lecteurs.
Bon, résumons donc cette fameuse planche.
Un mariage villageois a une époque et dans un lieu où manifestement la télévision n'a pas encore "mis les pieds".
Les deux mariés sont clairement deux grands nigauds et un invité fait remarquer que si quelqu'un ne les met pas au parfum pour la nuit de noce, ils ne feront pas grand chose.
La mère de la mariée explique donc à sa fille, de manière elliptique ce qui va se passer.
" Et alors ma fille, il va te mettre son truc, là, son ...engin, mais oui, son truc qui lui sert à faire pipi. Au début cela fait un peu mal, mais après on rigole bien, tu vas voir."
Le soir venu, la jeune mariée se déshabille, dévoilant un corps somptueusement bien roulé, et dit à son nigaud alité gentiment en pyjama : " Dis, Alphonse, tu m'fais mal avec ton truc qui t'sert à faire pipi ?"
Et le marié lui répond : "Bon, si tu veux" et balance le pot de chambre sur la tête de la donzelle".
Alors je dis qu'il faut arrêter de déconner.
N'importe quel marié normalement constitué, au vu d'un tel corps, n'aurait eu qu'une envie : de lui sauter dessus. Et il ne s'agit clairement pas d'un contexte de violence conjugale, comme je la dénonce dans un précédent billet.
S'il y a violence faite, c'est plutôt aux hommes que Dany représente comme de parfaits imbéciles.
Et je dois bien dire aussi , puisque nous sommes dans le politiquement correct, aux Alphonse qu'ils ne doivent pas accepter d'être ainsi caricaturés.
Il s'agissait donc d'un cas de censure ordinaire pratiquée par un éditeur. Ce qui est son droit.
Qu'il déforme la réalité pour se justifier est par contre moins plaisant.

Commentaires
Que je sache, un éditeur a le droit de décider s'il souhaite ou non publier sans qu'il soit pour autant question de censure. On a le droit de ne pas aimer une planche de BD. On a aussi le droit de la trouver de mauvais goût. Au même titre qu'un éditeur a le droit de l'apprécier ou non. C'est aussi ça, la liberté d'expression !
Nous sommes tout à fait d'accord.
Je complète donc par le commentaire de Dany lui-même à ce propos.
"Comme je n'avais pas le temps de faire un dessin original, j'ai laissé le libre choix parmi toutes mes planches existantes. J'ai été étonné qu'on censure mon texte d'accompagnement. Je suis suffoqué du manque d'humour d'Amnesty"
Ce à quoi le directeur d'Amnesty répondait :
"C'est un dessin choquant, accompagné d'un texte non adéquat justifiant son humour potache. Nous ne faisons pas de censure. Nous nous opposons simplement à son approche sexiste du rôle de la femme. Mais s'il accepte un commentaire pédagogique autour du dessin, nous restons ouvert à la publication."
Source : Le SOIR
Considérer qu'un dessin est choquant, que l'auteur de ce dessin a une approche sexiste et qu'en conséquence, on ne censure pas bien sûr mais qu'on ne publie pas, c'est alambiqué comme réponse.
Je ne pas d'accord, ça n'a rien d'alambiqué : je suis éditeur, je trouve cette planche sexiste, je n'aime pas son humour, je ne suis pas d'accord avec l'image de la femme qui y est véhiculée, je suis tout de même d'accord pour la publier mais avec un texte pédagogique et pas un texte justifiant la démarche du dessinateur... Vue comme ça, cette affaire valait-elle autant de bruit ?
BD au profit d’Amnesty International dans le cadre de la campagne contre les violences conjugales :
En septembre 2005, Amnesty International contacte le Secteur Lettres de Wolu-Culture et lui demande de réaliser une BD dans le cadre de la campagne contre les violences conjugales. Amnesty souhaite que cette BD sorte le 8 mars, journée mondiale des femmes. Amnesty suggère plusieurs noms d’auteurs, dont Dany, et demande au Secteur Lettres de les contacter.
C’est Le Secteur Lettres qui éditera ce recueil et l’intégralité du produit des ventes reviendra à Amnesty.
Le 11 février, Amnesty approuve le bon à tirer dans son intégralité, texte et dessin de Dany compris. C’est Amnesty elle-même qui envoie ce matériel contenant le travail de Dany à son propre imprimeur. Ce n’est qu’au moment de mettre sous presse que des voix s’élèvent pour s’opposer à la planche de Dany. Après de nombreuses discussions, amendements, propositions, etc… la décision définitive de ne pas sortir l’album parvient au Secteur Lettres par le Président d’Amnesty, le 28 février, après que la conférence de presse a déjà été largement annoncée.
Un nouveau communiqué informe donc la presse de l’annulation de la conférence et du retard dans la sortie de cet album, édité par le Secteur Lettres. La réaction de la presse ne plait pas à L’ONG qui multiplie ses allégations sous forme de communiqués et autres interventions dans les forums Internet, n’hésitant pas à mettre en cause personnellement Mme Flamand et assimilant un article qui ne leur plait pas, en l’occurrence celui du journal Le Soir, à un " communiqué de Mme Flamand ".
Il ne s’agit pas d’en faire une affaire de personne. Le Secteur Lettres de Wolu-Culture a des missions de décret dont l’une est l’aide à la création et à la diffusion des auteurs belges de langue française.
Amnesty va aujourd’hui plus loin et affirme dans un courrier aux auteurs: " Il se trouve que ce conflit éditorial ayant été placé (à notre corps défendant !) sous les feux des médias, nous devons faire face à certaines conséquences : nous avons perdu des membres, qui n’ont pas pris le temps de nous interroger sur nos motivations, et qui n’ont retenu que les grands titres du Soir (que sa direction regrette, mais le mal est fait). C’est embêtant pour une association qui ne dépend pas des subsides de l’Etat, mais c’est ainsi, et cela se passe chaque fois que nous abordons des sujets qui fâchent (peine de mort, sexisme, …). Nos convictions ne se monnaient pas. " (sic)
Renseignement pris, la rédaction du Soir ne regrette nullement un article parfaitement correct et objectif, donnant en outre la parole à chacun, après avoir interrogé plusieurs auteurs.
La conférence de presse ayant déjà été largement annoncée et de nombreux organes de presse nous ayant déjà assurés de leur présence, il n’y avait aucune autre possibilité que d’avertir la presse de son annulation et d’en donner les raisons.
Nous avons recu une avalanche d’appels des journalistes auxquels nous avons eu l’élégance de fournir les coordonnées d’Amnesty International afin qu’ils puissent avoir une vue d’ensemble.
Obligé de sortir de sa réserve, le Secteur Lettres tient à réaffirmer que :
1) C’est Amnesty International qui a contacté le Secteur Lettres afin de réaliser cette BD, parce qu’elle n’en avait pas les compétences ;
2) C’est Amnesty International qui a demandé au Secteur Lettres de contacter Dany et de lui demander sa participation, en vue de toucher un public peu ou pas averti par de ses actions ;
3) C’est le Secteur Lettres qui a réalisé et financé l’intégralité du travail ;
4) Le projet a été approuvé, dans son intégralité, c’est-à-dire avec la planche et le texte de Dany, le 11 février et non le 22 ;
5) La meilleure preuve de cette approbation, c’est que c’est Amnesty elle-même qui a transmis ce bon à tirer, avec la planche et le texte de Dany, à son propre imprimeur ;
6) Suite au refus tardif d’Amnesty, le Secteur Lettres a proposé de multiples solutions. Dany a réécrit son texte, le Secteur Lettres a proposé à Amnesty de réécrire sa préface afin de préciser les éventuelles distances qu’elle prennait avec certains dessins. Le Secteur Lettres a également proposé de diminuer la visibilité du logo d’Amnesty. Mais aucune de ces suggestions n’a été retenue ;
7) Rappelons qu’Amnesty International n’est pas l’éditeur de ce recueil. Cette BD est éditée par le Secteur Lettres qui signe le dépôt légal et finance sa réalisation. Amnesty International n’est que le bénéficiaire du produit des ventes. ( soit un montant estimé à 50 000 €);
8) A aucun moment le Secteur Lettres n’a tenté d’entretenir une polémique, ni d’en faire une affaire de personne. L’inverse n’est pas vrai. ;
9) Enfin, sur les 31 auteurs participant à ce projet, 29 se sont déclarés d’accord avec la position du Secteur Lettres, quel que soit leur avis sur le travail de Dany. Quant aux 2 auteurs restants, l’un a déclaré ne pas vouloir entrer dans une polémique dont il ignorait tout, l’autre est un salarié d’Amnesty International.
10) Si le Secteur Lettres a pris en charge ce vaste travail et son coût financier, c’est parce qu’il est très attaché aux valeurs portées par Amnesty International (liberté d’opinion et d’expression). Mais l’est plus encore à la liberté des artistes.