Femfox (suite)
Pierre Kubick jeu 23 fév 2006, 20:04 Reflets
Les réflexions que Yves m'a envoyées méritaient une réponse trop longue pour prendre place dans les commentaires.
ICILa voici donc
Merci Yves de me donner vos éléments de réflexion
Euh, par où commencer ?
Le plus simple d'abord
la seule chose avec laquelle je ne peux être d'accord dans le billet de Tarquine, c'est de ne pas avoir utilisé une phrase du genre : "JE" ne suis pas d'accord avec ces fonds d'écran qui heurtent mes valeurs, mes convictions et mon engagement. Et tout était dit. C'est son droit le plus strict de faire part à tout un chacun de sa lecture de la société.
Partant de là, il suffisait d'argumenter pour que cet engagement puisse être éventuellement accessible par ceux et celles qui ne le partagent pas . Au lieu de quoi, nous avons eu droit à un manque total de respect de la personne, que ce soit des 3 à l'origine des fonds d'écran, des intervenants, etc. C'est sa méthode et c'est son blog. Je ne partage pas cette approche.
Ceci étant écrit, quant au fond
Je ne peux partager votre lecture qui me semble réductrice de la liberté d'expression.
Pour moi, la liberté d'expression est totale, universelle ou elle n'est pas. Sa seule limitation dans nos pays (dans lesquels la loi sur le blasphème a été abolie), est définie par la Loi , écrite par les représentants du peuple, démocratiquement. Limitation qui porte sur la notion de délit commis à l'occasion de cette liberté d'expression.
A partir du moment où certains estiment les catégories de personnes ou les personnes qui y auraient plus droit que d'autres , nous sommes alors dans un déni de démocratie car cette liberté d'expression est alors soumise à l'arbitraire des uns et des autres qui décrètent ce qui est « blasphème » en fonction uniquement de leurs convictions.
Or c'est bien le cas ici, qui a décidé que les photos étaient des caricatures ? Sur quelle base, en fonction de quel critère normatif s'entend, pas subjectif autrement dit ?
Pour ce qui est de la liberté d'expression d'un publicitaire, il existe je pense un jury d'éthique au sein de la profession,
Soyons clair. Je ne nie pas qu'il existe des images infamantes pour l'être humain, une femme à quatre pattes avec le pied d'un homme sur son dos ou un homme nu tenu en laisse par une femme qui pose un pied sur le dos de cet homme, pour ne citer que cet exemple connu.
Mais et c'est en cela que notre approche diffère, pour moi, c'est aux juges et au législateur, et à eux-seuls, qu'il appartient de décider de ce qu'est une atteinte à la liberté d'expression.

Commentaire
Je complète ma réflexion par celles-ci que je poste aussi sur votre blog
ticeblog.ycombe.net
Vous écrivez à propos de la liberté d'expression : «(...) de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
On parle donc bien aussi d'idées.
Parmi ces moyens d'expression figurent donc forcément les productions culturelles.
Et l'expression publicitaire est une production d'idées culturelles (comme peut l'être aussi un journal, un journal télévisé) au sens où elle est sous-tendue par un imaginaire collectif prenant sa source dans les attitudes sociales, les aspects intellectuels, les moeurs de notre société.
Il suffit de regarder le journal de TF1 à 13h pour comprendre l'expression « s'inscrire dans un imaginaire collectif ».
Un publicitaire est donc « condamné » pour réussir à inscrire sa publicité dans le champ de nos « valeurs » et croyances sociétales (au sens large).
L'intérêt de la société pour l'écologie a vu proliférer les pubs utilisant des arguments écologistes ; le règne de l'enfant roi nous amène des pubs dans lesquelles l'enfant « apprend » à ses parents ce qu'il est bon de consommer comme produits ; on vantait la vitesse des voitures, on vante maintenant leur sécurité, etc etc
Ce que je veux dire, c'est que la production culturelle publicitaire fait partie d'un système (auquel s'applique la loi d'homéostasie) et que dans un système, tout ce qui est à la marge est exclu ou s'exclut (exemple les anarchistes).
La publicité ne peut donc par définition (obligation de réussite) être autre chose qu'un reflet de la société dans laquelle elle s'inscrit.
Et une publicité « en rupture » est automatiquement sanctionnée par le courrier des téléspectateurs ou des lecteurs.
Ce qui est arrivé d'ailleurs pour un pub dans laquelle on voyait deux homosexuels se manifester des signes de tendresse.
Et donc cette question : censurer la liberté d'expression de la pub ou modifier la société ? Casser le thermomètre ou soigner la maladie ?
Je relève aussi que s'il faut interdire la liberté d'expression de la publicité parce qu'elle veut vendre, comment alors aborder celle des hommes politiques qui veulent se vendre et qui utilisent la pub pour le faire ??