Prospère au temps de l'analphabétisme généralisé, la fonction d'écrivain public a progressivement disparu lors du passage à l'instruction obligatoire.
Mais l'instruction obligatoire n'a pas endigué complètement l'analphabétisme, laissant +/- 10% de la population en difficultés avec l'écrit. Les flux migratoires ont également amené leur lot de personnes ne maitrisant pas la langue et/ou l'écrit.
Il existe deux catégories complémentaires d'écrivains-publics : ceux qui proposent des services payants dont la variété n'est limitée que par l'imagination de l'écrivain et ceux qui s'inscrivent dans une philosophie citoyenne d'éducation permanente.
En Wallonie, cette philosophie est initiée par le PAC (Présence et Action culturelles) Liège, seul opérateur de formations d'écrivain public depuis plusieurs années avec à son actif la formation d'une bonne centaine d'écrivains publics, actifs ou non, payés ou bénévoles.
Dans cette optique, l'écrivain public est non seulement le dépositaire de la parole de l'autre, mais il se veut également un passeur en aidant l'autre à devenir acteur de sa propre vie. L'écrit final n'est donc plus uniquement une fin en soi mais un moyen éducatif.
Avec une bienveillance, une empathie et une humilité obligatoires, l'écrivain public reconnaît l'autre à travers sa parole, la lui restitue avant de la transformer en écrit. On n'est plus dans le "faire à la place de quelqu'un" mais dans le "faire avec quelqu'un", restaurant ainsi à l'occasion une dignité perdue.
Pour ce faire, ce temps doit être libre. L'écrivain public doit être indépendant d'une structure formelle : pouvoir communal, CPAS, Forem, etc. Sans lien de pouvoir, la relation "demandeur d'écrit"- écrivain public n'en est que plus libre, propre à permettre l'indispensable relation de confiance.
J'écris "demandeur d'écrit" mais bien évidemment une demande d'écrit est toujours associée à une demande relationnelle. On n'expose pas devant un tiers ce qui relève de l'intime (émotions, sentiments,..) sans conséquences pour soi-même...et pour celui qui écoute. Celui qui vient demander un écrit vient aussi pour être écouté.
Il existe également une autre dimension dans la fonction d'écrivain public : la dimension citoyenne.
Interpeller un homme politique, dénoncer une situation est un acte citoyen, un acte politique pour lequel l'écrivain public doit pouvoir intervenir, que ce soit dans un colloque singulier ou associatif. Apprendre la démarche citoyenne est une oeuvre qui promeut une démocratie d'égalité, de fraternité, de solidarité, de tolérance, dans laquelle l'écrit circule en enrichissant la société.
Il peut aussi y avoir l'animation d'ateliers d'écriture pour des publics divers et variés. Dans ce cadre l'écrivain public, à travers l'écrit, va permettre de créer du lien, de la mémoire.
Au delà d'un acte d'écriture qui peut légitimement n'être que factuel, l'écrivain public est donc également un acteur social, pédagogique, culturel, avec pour espoir de donner du sens, de faire sens.
Une volonté de démarche humaniste, somme toute.